Histoire
Le principal repère historique pour cette région est la fondation du royaume du Sine dont le premier roi fut Meissa Waly DIONE MANE. L’installation du peuple sérère dans la région est l’aboutissement d’un processus historique que les auteurs et la tradition orale rapportent de manière sensiblement différente. Ils mettent en évidence deux itinéraires de migration : l’une serait partie du nord en provenance du bassin du fleuve Sénégal et l’autre proviendrait du sud-ouest : précisément du sud-est du Sénégal. Les travaux du Pr Cheikh Anta DIOP soulignent que le passage des sérère dans la vallée du Sénégal ne serait qu’une étape de la migration des peuples de la Sénégambie (Sénégal et Gambie) en provenance de l’Egypte pharaonique. D’autres études, notamment celle du père Henry GRAVRAND mettent évidence une autre vague de peuplement à partir du Gabou (Sénégal oriental) après la dislocation de l’empire du Mali (Xvè siècle) . Ces deux itinéraires expliquent la parenté linguistique et culturelle qui unie les sérères des diolas (peuple du sud du Sénégal) et des peuls (pasteurs nomades répartis dans toute l’Afrique de l’ouest).
Selon la tradition orale les diolas et les sérères seraient les descendants des deux sœurs jumelles AGUENE et DIAMBOGNE embarquées dans une barque à la dérive puis séparées lors d’un naufrage. C’est ainsi que AGUENE (ancêtre des diolas) parti vers le sud et DIAMBOGNE se retrouvent vers le nord. Cet événement légendaire est difficile voir impossible à corréler avec la réalité géographique des migrations de populations cités supra.
Une analyse de quelques noms de villages, parmi les plus anciens du Sine, atteste la thèse de la migration en provenance du Gabou par ailleurs défendue par GRAVRAND. En effet ces localités ont des noms qui commencent par le patronyme fa suivi du nom du père fondateur ; nous avons les exemples de Faoye, Fayil, Fadjouth…. D’autre part l’aristocratie sérère est formée par la dynastie des princes Guelwars (un mot d’origine mandingue) qui depuis Waly DIONE (premier roi du Sine) se transmettent le pouvoir d’oncle en neveu. Cette transmission du trône s’explique par le matriarcat qui prévaut dans la société sérère. En effet, la femme y est propriétaire de terre, de bétail … qu’elle transmet à ses filles. Cette organisation sociétale que je décrit assez brièvement explique finalement toute l’organisation de la société sérère qui se manifeste au cours de cérémonies familiales.
Géographie
La région de Fatick est située au centre-ouest du Sénégal et appartient au bassin arachidier, un secteur à climat soudano - sahélien à longue saison sèche (7 à 9 mois) et à courte saison pluvieuse (5 à 4 mois). Cette partie drainé en partie par le bassin du fleuve Saloum qui est caractérisé par la présence de nombreux chenaux de marées qui isolent des cordons ou sont localisés les « îles du Saloum ». De part et d’autre de ces chenaux appelés bolon par les populations locales, on observe une végétation de mangrove qui offre une des plus belles images des paysages du Sénégal.
Les principales activités socio- économiques sont la pêche, l’agriculture et le tourisme.
La salinisation progressive des sols et la pression démographique sur les terres entraînent une régression des surfaces cultivables. Cette situation est à l’origine d’un exode rural massif vers les centres urbains comme Mbour, Kaolack, Dakar.
photo : google image
La pêche constituent la deuxième source de revenus de la région elle est pratiquée surtout par les niominkas dans les chenaux du Saloum et en milieu océanique. Ces dernières années on assiste à un développement du secteur touristique avec les nombreux aménagements réalisés dans le delta du Saloum qui offrent d’importantes potentialités (paysages, culture).
Culture et religion
La philosophie religieuse traditionnelle sérère est fondée sur la croyance en un dieu unique ROOG SEN auquel les croyants s’adressent par l’intermédiaire d’ancêtres vénérés plus connus sous le nom de PANGOOL. Dans la pensée religieuse cet ancêtre est un personnage doté de pouvoirs surnaturels qui lui permettent de veiller à la protection de sa descendance même après sa mort. Ainsi plusieurs familles disposent encore de sanctuaires dédiés aux PANGOOL où ils s’adonnent à des sacrifices pour implorer la pluie, exorciser un mal ou rendre grâce à « dieu » pour les bonnes récoltes etc. Ces offices religieux pratiqués par des « prêtres ou prêtresses » se font régulièrement durant l’année à la demande des membres de la famille.
L’Islam et le Christianisme se sont superposés à cette religion locale ce qui entraîne un véritable syncrétisme religieux. Les pratiques cultuelles musulmanes ou chrétiennes sont parfois associées à des rites religieux locaux qui se maintiennent malgré tout.
La société sérère est matrilinéaire ; raison pour laquelle le régime des successions se fait d’oncle en neveu. Toutefois il existe des biens paternels qui se transmettent de père en fils. Les castes existent mais dans certaines localités (Faoye, Fayil, îles du saloum…) nous avons des sociétés égalitaires où la division du travail n’était pas synonyme de castes.
Par ailleurs le calendrier culturel en pays sérère est constitué de plusieurs manifestations qui sont très liées aux activités socio – économiques. La période avant la saison des pluies est marquée par les cérémonies divinatoires (KHOOY) durant lesquelles les SALTIGUE (savants spécialisés dans la prédiction de l’avenir) informent l’opinion sur les péripétie de l’hivernage à venir. La période des récolte coïncide avec les cérémonies de luttes traditionnelles (le sport le plus populaire de la région) durant lesquelles les jeunes générations se livrent à des joutes physiques et techniques dans une ambiance festive. Après les récoltes, la plupart des villages organisent des cérémonies d’initiation des jeunes hommes (NDUT) qui marquent le passage de l’enfance à l’âge adulte. Le NDUT est une institution dirigée par un KUMAX « maître des circoncis » secondé par un KALMA. Il est constitué par un ensemble d’épreuves durant lesquelles les jeunes garçons doivent faire montre d’endurance physique, d’intelligence, de ruse… afin de prouver qu’ils sont en mesure de faire face à tous les problèmes de la vie d’adulte. Les femmes ne sont pas admises dans cette cérémonie ; cependant elles disposent de leurs propres NDUT qui est célébré après le mariage des jeunes filles, cette cérémonie est interdite aux hommes.
Mandéné