Je passe une grande partie de mon temps à modéliser le territoire grâce notamment aux Systèmes d’Information Géographique.
Pour cette raison professionnelle, mes collègues géomaticiens et moi attendons attentivement la mise à jour des données cartographiques nationales pour une restitution fidèle de la réalité
terrain. A l’origine de cette préoccupation, il y a le chamboulement du découpage administratif avec notamment la création de trois nouvelles régions administratives. La question qui se pose est
de savoir quelle est la motivation réelle de ce saucissonnage territorial? Je m’interroge à ce sujet car il faut être trop naïf pour croire à la neutralité de l’aménagement et
de la cartographie en particulier. Cette dernière répond toujours à un cahier de charges dont les fondements peuvent être liés à des problématiques politiques, socio-culturelles, économiques,
etc. ou bien soumis à des conditionnalités financières. Par exemple, sur financement de l’Union Européenne, le Sénégal vient de se doter d’une infrastructure de données cartographiques de base au
1/200 000ème. Pourquoi pas au 1/50 000ème? Parce ce qu’un tel niveau de détail couterait très chère. Ce travail qui vient d’être restitué par le Direction des Travaux Géographiques et
Cartographiques (DTGC) au terme de deux intenses années de travail est d’or et déjà dépassé, et en déphasage avec la réalité administrative du Sénégal. Dés lors une mise à jour
s’impose.
Les tribulations de la cartographie du Sénégal reflètent la situation réelle d’un pays qui se cherche et qui n’arrive pas à
fédérer les acteurs de l’espace public autour d’une représentation spatiale partagée et figée de son territoire. Cette situation perdurera tant que les comptes du leg colonial ne seront soldés.
En effet, il existe deux voir trois cartographies du Sénégal :
·d’abord la cartographie historique et précoloniale des royaumes et provinces,
·Ensuite, la cartographie actuelle arrimée à logique coloniale et reflète de facto la philosophie
politico-administrative selon la tradition française et,
·enfin la carte réelle paradoxalement inexistante ; du moins physiquement mais qui dénote une certaine
défiance face à l’autorité et peuple l’imaginaire des sénégalais. Autrement dit, il s’agit d’un condensé de représentations ethno-anthropologiques du territoire et des résurgences du paradis
perdu des anciennes provinces et autres royaumes.
Commentaires